Les autres addictions comportementales

LA CYBERADDICTION

La cyberaddiction est une addiction qui désigne une dépendance chez une personne qui a un usage détourné des multiples possibilités offertes par internet. Elle englobe d’autres dépendances, à la sexualité sur internet, aux achats compulsifs on-line, aux jeux virtuels…

Le cyberdépendant passe progressivement de l’usage simple à l’abus, et de l’abus au besoin.
La sensation de manque, la privation de sommeil, la négligence de sa santé, le désintérêt pour d’autres domaines de la vie familiale, sociale, scolaire, professionnelle, culturelle… , une utilisation démesurée d’internet, l’incapacité à gérer son temps de connexion, à débrancher son modem… sont caractéristiques du cyberdépendant qui se coupe du réel. Selon Ivan K. Goldberg, l’addiction Internet peut déterminer la négation ou l’évitement d’autres problèmes de la vie courante. D’après une étude scientifique américaine, 6 % des usagers du web souffriraient de dépendance à internet.

 


  • L’ADDICTION AU SPORT

Dans une société où l’on valorise l’activité physique, il peut paraître surprenant de parler d’addiction au sport. Elle se manifeste par la nécessité de pratiquer sans relâche un sport. Une activité physique régulière, répétitive, agirait comme un stupéfiant anesthésique qui empêcherait l’expression de la souffrance corporelle ou psychique. Chez le sujet addict, l’image et l’estime de soi occupent une place importante.

Le psychiatre Dan Véléa a répertorié les caractéristiques de cette pratique sportive à outrance où le sportif aura tendance à vouloir résoudre tous ses problèmes par le sport. En période de sevrage, des excès de colère, une tendance à la dépression et à la boulimie ont été relevés. Ce type d’addiction évolue souvent vers d’autres dépendances ou pathologies telles que les jeux, l’obésité ou la surconsommation de tabac ou de drogues.

  • L’ADDICTION AU TRAVAIL

L’addiction au travail désigne une relation pathologique d’un sujet à son travail caractérisée par la compulsion et la perte de contrôle, malgré des répercussions importantes sur les plans familiaux et de santé. Cette addiction s’inscrit dans un contexte social qui donne au travail une place primordiale et gratifiante engendrant une sous-estimation de ce type d’addiction.

Trois étapes sont caractéristiques de ce trouble :

1. Stade 1 : excès d’énergie, augmentation des capacités, heures supplémentaires
2. Stade 2 : apparition de difficultés dans la vie familiale et sociale
3. Stade 3 : forte diminution des capacités de travail, apparition de troubles psycho-somatiques
(troubles du sommeil, lombalgies, céphalées persistantes, problèmes cardiovasculaires...)

Au stade ultime, le sujet souffre de complications majeures liées au stress (troubles anxio-dépressifs et le syndrome du burn-out caractérisé par une fatigue et un épuisement physique et psychique extrême).

LES ACHATS COMPULSIFS

Les achats compulsifs désignent « un comportement d’achat incontrôlé et une tendance répétitive aux dépenses provoquant des conséquences négatives au niveau personnel, familial et social ».
Toutes les études menées sur les achats compulsifs révèlent un taux de femmes plus important (de 74 à 93 %). La moyenne d’âge varie entre 30 et 40 ans et le trouble apparait vers l’âge de 18 ans.

60 à 100 % des acheteurs compulsifs présentent un autre trouble psychiatrique : troubles de l’humeur (entre 28 et 95 %), troubles anxieux (entre 41 et 80 %), troubles liés à l’utilisation de substance psychoactive (entre 21 et 46 %), troubles du comportement alimentaire (entre 15 et 35 %).

Cette pathologie a été rapprochée des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) : les pensées autour des achats envahissent la vie des personnes. Nombre de personnes atteintes déclarent se sentir exister plus intensément lors des achats compulsifs censés compenser un manque psychoaffectif.

Ces troubles sont en partie liés à des transformations économiques du comportement de consommation (facilités de crédit, développement des galeries marchandes, achats sur Internet, valorisation de la consommation dans les médias).
La reconnaissance du trouble est un fait acquis, mais il reste encore insuffisamment dépisté et diagnostiqué.

 

LES DÉPENDANCES SEXUELLES

Le concept de dépendances sexuelles a été décrit à la fin des années 70 par Patrick Carnes, un psychiatre américain. Plus tard, J. Mac Dougall, psychanalyste a parlé de « relations addictives avec une demande constante de la présence de l’autre ou d’une sexualité addictive où l’autre est réduit à un objet partiel ».

Les comportements sexuels addictifs se classent en deux catégories :

  • Les comportements sexuels anormaux ou paraphilies : impulsions sexuelles et fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, répétées, intenses, envahissantes (pendant au moins 6 mois), elles interfèrent sur l’intimité sexuelle, la réciprocité de la relation affective. Les paraphilies les plus fréquemment apportées sont : l’exhibitionnisme, le fétichisme, le frotteurisme, le travestisme, le voyeurisme… Il n’y a pas uniquement une recherche de plaisir immédiat mais aussi une grande souffrance après le passage à l’acte.
  • Les troubles sexuels non spécifiés : comportements et intérêts sexuels acceptables pour notre culture mais augmentés de manière compulsive en intensité et en fréquence. On retrouve par exemple la masturbation compulsive, la cyberaddiction, la sexualité par téléphone, la pornographie, utilisation d’accessoires sexuels… se trouve également les relations répétitives, avec une succession de partenaires, considérés comme des objets interchangeables… Après l’acte sexuel, les personnes ont un sentiment de solitude et de détresse.

Les principales compulsions affectives et sexuelles se caractérisent par :

  • le besoin pathologique de passer à l’acte
  • la relation de dépendance passive ou active entre soi et l’objet d’addiction
  • le besoin de contrôle de soi et de l’objet pour éviter de prendre des risques et de se laisser aller
  • la répétition boulimique : les conséquences agréables ou désagréables donnent envie de recommencer
  • le fonctionnement en tout ou rien : soit l’objet de dépendance remplit les attentes et provoque l’apaisement, soit il ne comble qu’une partie des besoins il est alors perçu comme insécurisant et mauvais
  • il n’y a pas d’autre solution face à l’envie de passer à l’acte que le passage à l’acte
  • il y a un sentiment de manque systématique si l’acte n’est pas effectué
  • il y a un sentiment de bien-être mais à court terme
  • il n’y a pas de sentiment d’existence propre, il faut toujours rester attaché à l’objet
  • il y a une altération à la relation aux autres et à l’environnement.

Les dépendances sexuelles génèrent chez les patients une souffrance psychique qui peut être sévère pour eux-mêmes et pour leur environnement. Les tentatives de contrôle du comportement sexuel amènent des symptômes de sevrage (dépression, anxiété…). Il existe un accroissement des risques encourus ainsi qu’un allongement du temps consacré aux préoccupations sexuelles au détriment de la vie socioprofessionnelle du sujet et en dépit des conséquences négatives (perte d’emploi, divorce, plaintes, contamination par VIH…).

LES DÉPENDANCES AFFECTIVES

 

Chez la plupart des hommes et des femmes, les folies ordinaires, passion amoureuse ou coup de foudre, échappent à la pathologie de la dépendance. Cette relation, merveilleuse à court terme, mais profondément égoïste, ne dure en principe qu’un temps, car invivable dans la réalité ordinaire. Elle reste un événement ponctuel, qui ne résulte pas d’une recherche compulsive, active et ne constitue pas une façon d’être répétitive, caractéristique des rapports aux autres.

En revanche, certaines personnes basculent vers le domaine pathologique soit avec des conduites de séduction à répétition, soit avec l’amour fusionnel, possessif, où l’absence de l’autre est insupportable.  Le but principal est la recherche d’un plaisir immédiat, l’apaisement d’une tension ou le comblement d’une insécurité.

Chez ces personnes, l’assouvissement, quand il est atteint, est tellement apaisant, défoulant, relaxant, excitant qu’elles ont envie de revivre tout le processus du début jusqu’à la fin. Pour ces personnes, il y a un effet d’accoutumance qui nécessite d’augmenter la dose pour obtenir le même effet. Si cela n’est pas possible, la relation va très vite se dégrader. La rupture est consécutive à sa « banalisation », au manque et à l’angoisse qui accompagne toute dépendance.


Source : http://www.crje.fr/bibliographie